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CLINIQUEMENT VÔTRE

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La prévention des infections des voies urinaires récidivantes (IVUR) chez les femmes ménopausées 

Au Canada, les infections des voies urinaires (IVU) sont la huitième raison de consultation en clinique ambulatoire (Sanyal, Husereau, Beahm, Smyth, et Tsuyuki, 2019). À ce sujet, les femmes ménopausées sont disproportionnellement affectées par les IVU et le taux de récidive est également plus élevé pour cette tranche de population avec 53 % de récurrence après un premier épisode (Dwyer et O'Reilly, 2002).

L’augmentation de l’incidence des IVU et des IVUR pour ces femmes s’explique par la baisse d’œstrogène qui survient à la ménopause. Chez les femmes en âge de procréer, la flore vaginale se compose à près de 90 % de lactobacilles qui produisent diverses substances, ce qui entraîne une diminution du pH vaginal, inhibe la prolifération des bactéries et prévient l’adhérence des agents pathogènes à l’épithélium vaginal (Dwyer & O'Reilly, 2002; Gupta & Stamm, 1999; Jung & Brubaker, 2019). Tous ces changements prédisposent la femme ménopausée à une colonisation par E. coli et par d’autres entérobactéries (Gupta & Stamm, 1999).

Trop souvent, chez les femmes ménopausées consultant pour une IVUR, peu d’interventions sont proposées pour prévenir les récidives, et les patientes reconsultent pour une énième IVU après quelques semaines. Il est important de prévenir les futures IVU, car elles ont des impacts négatifs sur la qualité de vie de ces patientes et peuvent devenir une source d’anxiété, en plus de causer des symptômes dépressifs (Medina & Castillo-Pino, 2019).

Une revue de la littérature a été effectuée dans le but de déterminer les éléments pertinents de l’évaluation des femmes ménopausées ayant des IVUR, ainsi que les traitements pharmacologiques et non pharmacologiques à leur proposer pour prévenir les récidives d’IVU. Cette revue a été faite selon la méthode ADAPTE (The ADAPTE Collaboration, 2009). Deux guides de pratique clinique ont été sélectionnés pour répondre à ces questionnements : Recurrent uncomplicated urinary tract infections in women, fait en association par l’American Urological Association (AUA), l’Association d’urologie canadienne (AUC) et la Society of Urodynammics, Female Pelvic Medecine & Urogenital Reconstruction (SUFU) (Anger et al., 2019), ainsi que les lignes directrices de la Société des obstétriciens et gynécologues du Canada (SOGC) et Infection récurrente des voies urinaires (Epp & Larochelle, 2017).

Concernant l’évaluation des femmes ménopausées atteintes d’IVUR, les guides de l’AUA, l’AUC et de la SUFU recommandaient d’effectuer une anamnèse complète incluant l’historique des IVU antérieures, les traitements tentés et leur réponse, ainsi que la présence de symptômes génito-urinaires entre les infections. Les auteurs conseillaient aussi vivement d’effectuer un examen pelvien pour détecter toutes anomalies structurelles ou fonctionnelles, ainsi que les conditions infectieuses, comme la vaginite, ou inflammatoires, telles que l’atrophie vaginale.

Pour les traitements pharmacologiques, les deux guides proposent l’œstrogénothérapie vaginale comme premier choix pour cette clientèle. La seconde option pharmacologique étant l’antibioprophylaxie. Finalement, les deux guides proposent l’utilisation de produit de canneberge comme méthode non pharmacologique, mais sans préciser la nature des produits à privilégier. Par contre, il est précisé que le jus de canneberge est déconseillé aux patientes diabétiques.

Ces lignes directrices ayant été publiées en 2017 et en 2019, une revue de la littérature a été réalisée pour effectuer une mise à jour des données. Une méta-analyse sur l’utilisation des produits de canneberge regroupant neuf essais cliniques randomisés a été retenue à la suite de cette démarche (Tambunan & Rahardjo, 2019). Les conclusions étaient que les produits de canneberge réduisent significativement les IVUR (RR : 0,81, IC  : 95%, 0,67-0,96), mais précisaient également que le jus de canneberge a une incidence non significative par rapport au placebo (RR : 0,83, CI  : 95 %, 0,7-1,04), alors que les capsules de canneberge ont diminué significativement l’incidence des IVUR (RR : 0,67, CI ` : 95 %, 0,45-0,98). Donc, selon ces données, nous devrions recommander les capsules de canneberge plutôt que le jus pour la prévention des IVUR.

En conclusion, les recommandations des deux guides sources concernant l’évaluation des patientes et les traitements pharmacologiques ont été conservées. Quant aux recommandations non pharmacologiques, une précision sur la nature des produits de canneberge à recommander a été ajoutée. En effet, les capsules ont eu un impact significatif sur la diminution des récidives d’IVUR contrairement au jus.

Isabelle Gagné, M. Sc. inf
Candidate infirmière praticienne spécialisée en soins de première ligne (CIPSPL)
CISSS de Chaudière-Appalaches

Définitions

Infection des voies urinaires (IVU) non compliquée : « infection urinaire (cystite ou pyélonéphrite) aiguë, sporadique ou récidivante qui survient chez la femme en bonne santé, indépendamment de son âge » (INESSS, 2017).

Infection des voies urinaires récurrentes (IVUR) : « infection urinaire qui survient plus de 2 fois par 6 mois ou plus de 3 fois par année » (INESSS, 2017).

Références

Anger, J., Lee, U., Ackerman, A. L., Chou, R., Chughtai, B., Clemens, J. Q., . . . Kaufman, M. R. (2019). Recurrent uncomplicated urinary tract infections in women: AUA/CUA/SUFU guideline. The Journal of Urology, 202(2), 282-289.

Dwyer, P. L., & O'Reilly, M. (2002). Recurrent urinary tract infection in the female. Current Opinion in Obstetrics and Gynecology, 14(5), 537-543.

Epp, A., & Larochelle, A. (2017). N° 250-Infection Récurrente Des Voies Urinaires. Journal of obstetrics and gynaecology Canada, 39(10), e464-e474.

Gupta, K., & Stamm, W. E. (1999). Pathogenesis and management of recurrent urinary tract infections in women. World journal of urology, 17(6), 415-420.

Institut national d'excellence en santé et en services sociaux [INESSS]. (2017). Guide d'usage optimal : Infection urinaire chez l'adulte. Récupéré de https://www.inesss.qc.ca/fileadmin/doc/CDM/UsageOptimal/Guides-serieI/Guide_InfectionUrinaire.pdf

Jung, C., & Brubaker, L. (2019). The etiology and management of recurrent urinary tract infections in postmenopausal women. Climacteric, 22(3), 242-249. doi: 10.1080/13697137.2018.1551871

Medina, M., & Castillo-Pino, E. (2019). An introduction to the epidemiology and burden of urinary tract infections. Therapeutic advances in urology, 11, 1756287219832172-1756287219832172. doi: 10.1177/175628721983217

Raz, R., & Stamm, W. E. (1993). A controlled trial of intravaginal estriol in postmenopausal women with recurrent urinary tract infections. New England Journal of Medicine, 329(11), 753-756.

Sanyal, C., Husereau, D. R., Beahm, N. P., Smyth, D., & Tsuyuki, R. T. (2019). Cost-effectiveness and budget impact of the management of uncomplicated urinary tract infection by community pharmacists. BMC Health Services Research, 19(1), 499. doi: 10.1186/s12913-019-4303-y

Tambunan, M. P., & Rahardjo, H. E. (2019). Cranberries for women with recurrent urinary tract infection: a meta-analysis. Medical Journal of Indonesia, 28(3), 268-275.

The ADAPTE Collaboration. (2009). The ADAPTE Process: Resource Toolkit for Guideline Adaptation. Version 2.0. Récupéré de http://www.g-i-n.net

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